Je suis né avec un vide,
un gouffre qu’on appelle besoin.
Tout ce que je poursuis
n’est qu’un mirage pour le remplir.
Je dis que je veux aimer,
mais je veux surtout être choisi.
Je dis que je cherche la vérité,
mais je veux surtout avoir raison.
Je dis que je veux la paix,
mais je veux surtout être tranquille,
que rien ne vienne ébranler mon territoire.
Je dis que je suis libre,
mais mes peurs m’enchaînent,
et ce sont elles que je sers en silence.
Je dis que je veux aider,
mais c’est ma propre importance que je nourris.
Je dis que je veux comprendre,
mais je veux surtout être reconnu comme sage.
Je dis que je veux la justice,
mais je veux surtout être du bon côté.
Chaque certitude que j’empile
est un trophée contre le vide.
Je crois être différent
parce que j’ai trouvé de plus beaux mensonges.
Presque tout, à certains moments, prend la forme d’une faim.
Faim d’être validé.
Faim d’être utile.
Faim d’être admiré.
Faim de dominer quand la peur me saisit.
Faim de me soumettre quand je suis épuisé.
Faim de sentir que ma vie pèse plus qu’une poussière.
Alors je m’invente des récits.
J’accroche des idéaux à mes murs intérieurs.
Je maquille mes appétits
de mots qui sonnent nobles.
Je dis que je suis conscient,
mais je m’endors dans des slogans.
Je dis que je suis éveillé,
mais je tremble à l’idée qu’on me voie nu,
sans costume, sans dogme, sans décor.
Car si je retire chaque masque,
si je regarde sans fard,
je découvre une bête affamée.
Elle appelle ça amour.
Elle appelle ça liberté.
Elle appelle ça spiritualité.
Je veux posséder ce qui me manque.
Je veux garder ce qui me rassure.
Je veux écarter ce qui me dérange.
Et parfois, je me persuade que j’ai choisi.
Mais ce n’est pas moi qui décide.
C’est la faim qui me souffle les mots.
La peur qui me tient la main.
Le manque qui trace mon chemin.
Alors je proclame des vérités.
Je récite des maximes.
Je m’anesthésie de promesses.
Et quand je me réveille,
je recommence à mendier,
pour remplir le vide,
ne serait-ce qu’un instant.
Dis-moi :
quand tu dis que tu choisis,
quand tu dis que tu sais,
est-ce ta voix qui parle ?
Ou bien la faim
qui réclame sa part ?
Cette faim ne m’appartient pas vraiment.
Elle semble circuler,
prendre des formes différentes,
changer de visage sans jamais disparaître.
Et peut-être que beaucoup de choses commencent là :
dans cette tentative constante
de lui donner un sens,
une direction,
ou simplement un peu de silence.
Tu n’es pas celui qui a faim.
Tu es la faim qui a appris à dire « je ».
Et tout ce que tu appelles vie n’est peut-être que le bruit qu’elle fait en mangeant.