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L’Hiver de la Soustraction
(L’Écorce mise à nu)
Et si nous retirions tout ?
Retirons le domaine du bien-être : spas, coachings, retraites, thérapies.
Que resterait-il, sinon une douleur plus directe, moins entourée ?
Retirons le monde des croyances : religions, dogmes, spiritualités.
Que resterait-il, sinon l’inconnu, sans réponse immédiate ?
Retirons l’industrie de l’aide : humanitaire, solidarité institutionnelle, ONG.
Que resterait-il, sinon des réalités plus visibles, moins médiatisées ?
Retirons le marché de la santé : hôpitaux, médicaments, compléments.
Que resterait-il, sinon nos corps, avec leurs limites et leurs fragilités ?
Retirons l’écologie de façade : labels, promesses, discours.
Que resterait-il, sinon une Terre déjà transformée, qui continue malgré tout ?
Retirons la politique et ses théâtres : partis, campagnes, récits.
Que resterait-il, sinon une part de responsabilité plus directe ?
Retirons les médias : flux, images, récits en continu.
Que resterait-il, sinon un réel plus brut, parfois difficile à regarder ?
Retirons l’éducation formatée : notes, diplômes, classements.
Que resterait-il, sinon des esprits plus ouverts… ou plus perdus ?
Retirons le progrès technologique présenté comme évidence.
Que resterait-il, sinon nos choix, face à ce que nous créons et réparons ?
Retirons enfin l’argent.
Que resterait-il, sinon d’autres formes possibles d’échange… ou leur absence ?
Au terme de cette soustraction,
que reste-t-il vraiment ?
Peut-être un vide.
Le même que nous cherchons souvent à contourner.
Un chaos parfois difficile à soutenir…
mais qui pourrait aussi être
le point de départ d’autre chose.
Sommes-nous vraiment en évolution ?
Nous aimons le penser.
Nous parlons de progrès, d’avancement, d’amélioration.
Et pourtant, certaines dynamiques semblent se répéter,
sous des formes différentes.
Alors la question reste ouverte :
évoluons-nous réellement,
ou transformons-nous simplement les expressions
des mêmes tensions ?
Un autre monde… à quoi ressemblerait-il ?
Peut-être à un monde
où l’on interroge les fondations
autant que les apparences.
Un monde
où certaines failles ne deviennent pas automatiquement des fonctions.
Un monde
où la souffrance n’alimente pas toujours une économie.
Un monde
où exister ne demande pas forcément de s’épuiser.
Mais si ces transformations ne se produisent pas,
alors peut-être pouvons-nous déjà
regarder autrement ce sur quoi nous nous appuyons.
Non pour le rejeter,
mais pour le voir plus clairement.
Car il est possible que
nous vivions, en partie,
à partir de ces mêmes fractures,
sans toujours en être conscients.
Et que les reconnaître
soit déjà une forme de déplacement.