Le Philosophe :
Injustice, noble paradoxe de nos langues et pensées,
Toi, spectre insaisissable, qu’on croit pourtant domptée.
Quand on te nomme "juste", déjà tu glisses,
Es-tu un rêve d’équilibre ou un mythe qui s’éclipse ?

Le Poète :
Ah, te voilà, Injustice, en tant qu’amante voilée,
Tu m’enflammes le cœur, mon âme est charriée !
Quand je crie ton nom, c’est un appel à l’absolu,
Un souffle d’indignation, un battement de vertu.

Le Philosophe :
Mais vois-tu, cher ami, le ridicule de notre quête ?
Chercher la justice, c’est comme suivre une comète.
Elle s’élève, s’évapore, et nous laisse incertains,
À la frontière du jugement et du lointain.

Le Poète :
Mais moi, je sens sa morsure, cette douce meurtrissure,
Elle broie mes rêves avec sa froide armure.
Ce "juste milieu", n’est-il pas une perfidie ?
Un masque de balance, un théâtre d’hypocrisie ?

Le Philosophe :
Peut-être qu'elle n'est qu'un jeu de reflets et d'illusions,
Un flou de perceptions, de justifications, de confusions.
Car, dis-moi, l’injuste pour toi n’est-il pas pour moi juste ?
Un duel de miroirs, où chaque angle est auguste.

Le Poète :
C’est ça, ce labyrinthe ! J’y erre en fiévreux passant,
Dans chaque pierre, je trouve un soupçon troublant.
Injustice, tu es une caresse cruelle, un amour amer,
Un murmure de promesse, un poison dans l’éther.

Le Philosophe :
Et si l’injustice était notre plus grand maître ?
Elle nous pousse à réfléchir, à sonder, à renaître.
À défier l’évidence, à chercher l’impensable,
Peut-être est-ce là sa leçon inébranlable.

Le Poète :
Une leçon ? Non, une blessure que je traîne,
Un poids en moi, une étreinte incertaine.
Elle éveille en moi des océans déchaînés,
Des vagues de tristesse, des rêves empoisonnés.

Le Philosophe :
Alors, laissons-la être, mystère indéchiffrable,
Car si tout cela n’est qu’un jeu de nuances, impalpable,
Peut-être est-ce en elle que réside la sagesse,
Un éclat dans l’ombre, une perle dans la détresse.

Le Poète :
Sagesse ou poison ? Il y a là un gouffre insondable,
Chaque vers que je compose me rend plus vulnérable.
Elle tourmente, elle embrase, mais elle éclaire aussi,
Un feu de questions dans un ciel obscurci.

Le Philosophe :
Nous restons alors captifs, pris dans ce filet étrange,
Où la justice se déguise, se camoufle, se mélange.
Elle nourrit nos doutes, alimente nos songes,
Et nous ramène, assoiffés, vers ses mensonges.

Le Poète :
Ah, Philosophe, vois-tu cette beauté dans l’ombre,
Cette quête sans fin qui éclaire et qui sombre ?
Injustice, tu es notre étoile et notre nuit,
Un chant silencieux, un chaos qui nous suit.

Le Philosophe :
Alors, cher Poète, laissons-nous emporter,
Par ce vertige de sens, par cette quête innée.
Car, si au fond, l’injustice est notre plus noble tourment,
Peut-être avons-nous trouvé le seul vrai jugement.

Vue à travers : Une exploration philosophique et poétique de l’injustice
Thèmes : Injustice, perception, quête de sens, vérité