Chaque matin, devant le miroir,
Je cherche l'image qu'il faut voir.
Costume bien taillé, sourire de façade,
Pour ce boulot qui m'écrase, mais qui me rend sage.
Devant mes collègues, je ris aux éclats,
Même à leurs blagues qui ne m'atteignent pas.
J’adopte leur humour, leurs discussions futiles,
Pour m'intégrer, je deviens docile.
Sur les réseaux, je soigne mes posts,
Hashtags et filtres, je me fonds dans l'host.
Chaque "like" valide mon existence,
Sans eux, je sombre dans l'absence.
Quand je rejoins mes amis dans un bar,
Je prends une bière, même si je la trouve amère, c’est bizarre.
Leur goût devient le mien,
Leurs choix effacent les miens.
Avec ma famille, je change de rôle,
Je deviens l'enfant parfait, celui qui contrôle.
J’écoute leurs conseils, même ceux que je hais,
Pour ne pas décevoir, je tais mes vérités.
Au supermarché, je cède aux promotions,
J'achète ce qu’on vend bien, avec de belles notions.
Les paquets colorés et les slogans savants,
Pour paraître à la page, je suis tout leur vent.
Et quand le jour cède à la nuit,
Je retire mon masque, mais l'oubli me fuit.
Demain, un nouveau rôle à endosser,
Un autre moi, encore plus effacé.
Je deviens le sportif quand il le faut,
Pour suivre les amis dans leurs défis hauts.
Marathon, musculation, je m’entraîne,
Même si la sueur m’enchaîne.
Je suis l’intello dans les dîners,
Parlant politique ou bouquins non feuilletés.
Je cite des auteurs que je n’ai jamais lus,
Juste pour paraître un peu plus vu.
Et quand on me parle de spiritualité,
Je feins la méditation et la sagesse innée.
Je m’invente des croyances, des vérités,
Pour ne pas être vu comme celui qui est dépassé.
Mais chaque rôle que je joue, chaque jour,
Ne fait que renforcer ce lourd détour.
Être moi-même n’est pas permis,
Dans ce théâtre où tout est travesti.
Alors je danse dans leurs rêves,
Sous leurs regards, mes pas s’élèvent.
Je deviens ce qu’ils aiment,
Parce qu'être moi, c'est déjà un problème.