Je parle avec force, ma voix se veut sûre,
Convaincu d’avoir saisi toute l’armature.
Je présente mes mots comme des pierres solides,
Mais sous chaque certitude, une vérité fluide.
Car que sais-je vraiment de ce vaste océan ?
Mon savoir est une île, un fragment, un instant.
Je bâtis des tours de mots, des concepts bien dressés,
Mais le reste du monde échappe à mes pensées.
Convaincre par l’illusion, c’est un jeu sans issue,
Faire croire que mon savoir est entier, absolu.
Mais la vérité, elle, se cache sous des voiles,
Loin de mes limites, elle danse sans étoile.
Chaque argument que je lance, chaque point que je pose,
N’est qu’une pièce du puzzle que je suppose.
Je ne vois qu’un reflet, qu’une part de lumière,
Ignorant les ombres qui glissent en arrière.
Convaincre avec passion, est-ce une victoire ?
Quand ce que je crois vrai ne couvre qu’un territoire.
Je dessine des contours, mais tout est inachevé,
Et dans mon discours, des vides cachés.
Je clame ma vision, persuadé d’avoir raison,
Mais je ne tiens qu’une fraction, une illusion.
Mon savoir n’est jamais complet, jamais entier,
Et pourtant, je continue à vouloir enseigner.
Ce que je ne sais pas, je le farde, je l’oubli,
Je présente mon monde comme une vérité infinie.
Mais la réalité, elle, ne se laisse jamais dompter,
Elle éclate sous mes mots, s’efface dans l’éternité.
Alors je me tiens là, dans cet étrange délit,
À convaincre des esprits avec ce que je n’ai compris.
Et si je regarde en moi, en silence, je vois bien,
Que je ne suis qu’un aveugle, guidant d’autres mains.
Ce que je sais, ce que j'ignore, tout est lié,
Je construis des certitudes sur des vérités oubliées.
Convaincre, oui, mais avec la conscience en éveil,
Que dans l’immense savoir, je ne tiens qu’une veille.