Il monte sur l’estrade de ses certitudes,
Le front haut, le verbe assuré,
En prophète de son propre monde,
Convaincu d’être l’alpha et l’oméga
De toute vérité.

"Je sais ce qui est juste,
Je vois ce que vous ne comprenez pas."
Son discours résonne
Comme un marteau sur l’enclume,
Forgeant des dogmes
Que personne n’ose contester.

Car contester,
C’est ébranler la forteresse
De son être entier.
L’idée d’un monde qu’il ne maîtrise pas
Est une fissure insupportable,
Un miroir brisé
Révélant une image qu’il refuse de voir.

Mais que sait-il vraiment ?
Rien, ou si peu.
Il trace des lignes sur l’infini,
Pose des cadres sur des cieux mouvants,
Et croit que tout ce qui dépasse
Est une erreur à corriger.

Le Sermon du Je Sais Tout
N’est pas une quête de sagesse,
C’est une armure contre l’incertitude,
Un rempart dressé face à l’invisible.
Il proclame :
"La vie a un sens,
Elle se plie à mes ambitions,
Elle m’obéit."
Mais la vie n’écoute pas,
Elle échappe,
Elle éclate en milliers de fragments
Que son esprit ne peut saisir.

Dans ce monde éphémère
Où tout change, tout passe,
L’humain reste immuable,
Fixé sur des vérités gravées dans le sable.
Il s’accroche à ses croyances
Comme un naufragé à un morceau de bois,
Ignorant que le courant le porte
Vers d’autres horizons.

Les idées contraires
Ne sont pas des fenêtres ouvertes,
Mais des murs à abattre.
Toute vision différente
Devient une menace à réduire au silence,
Car reconnaître qu’il pourrait avoir tort,
C’est détruire la tour qu’il a bâtie,
Pierre par pierre,
Au fil des ans.

Et ainsi, il s’enferme,
Prisonnier de son propre sermon.
Il refuse l’autre,
Refuse l’altérité,
Refuse la possibilité même
Que son chemin soit une illusion.

Mais si seulement il savait…
Si seulement il osait laisser tomber l’armure,
Regarder le vide sans peur,
Plonger dans l’océan de l’inconnu.
Il découvrirait que la vraie force
Réside dans le doute,
Que la grandeur naît de l’humilité.

Car savoir, ce n’est pas imposer.
C’est écouter ce qui nous échappe,
Accueillir les vérités divergentes
Comme des trésors oubliés.
Savoir, c’est se perdre pour mieux se retrouver,
C’est mourir à soi-même pour renaître autrement.

Mais l’humain préfère ses chaînes dorées,
Ses certitudes confortables.
Il se berce de ses illusions
Dans un monde qui change sans cesse,
Dans un monde où lui-même
N’est qu’un souffle éphémère.

Alors, descendons de nos chaines.
Laissons le silence enseigner ce que le bruit ignore.
Abandonnons le Sermon du Je Sais Tout,
Et tendons les bras à l’infini.

Thème :

L’arrogance des certitudes et l’incapacité à accueillir la diversité des vérités, opposées à l’humilité nécessaire pour embrasser l’infini et le doute.