Dans la cité des regards croisés,
Un murmure s’élève :
"Voici la norme, le juste, le vrai."
Elle glisse dans les rues pavées,
S'infiltre dans les cœurs comme une loi tacite,
Et construit des murs invisibles
Autour des esprits endormis.

Être comme il faut, marcher dans le rang,
Penser ce qu’il convient, rien de plus, rien de moins.
Les écarts se transforment en déviances,
Les nuances, en trahisons.
Dans l’écho des foules, l’individu s’efface,
Son pas devient celui d’un autre.

Mais la norme avance, insatiable,
Franchissant ses propres limites.
Ce qui hier semblait suffire,
Aujourd’hui doit être dépassé.
Elle s’étire, s’étend, s’impose,
Et ceux qui n’y adhèrent
Sont laissés hors du cadre,
Exclus d’un monde
Qui les prétendait libres.

Car l’humain cherche des repères,
Des boussoles dans l’immensité,
Et parfois, pour calmer ses doutes,
Il accepte des chaînes dorées.
Mieux vaut, pense-t-il,
La sécurité d’une norme rigide
Que l’inconnu d’une liberté sauvage.

Mais à force de tracer des lignes droites,
La société oublie ses courbes,
Et dans le fracas des conformités,
Les couleurs s’effacent,
Les sons deviennent monotones.
Chaque vie se fond dans l’autre,
Comme des pierres usées par le temps,
Alignées pour bâtir un mur
Qui cache l’horizon.

Les enfants apprennent tôt
À ne pas déborder du cadre,
À marcher sur des fils tendus
Sans jamais regarder en bas.
Ils apprennent que rêver trop grand
Est un luxe,
Que douter est une faiblesse,
Et que la différence
Est une ombre à masquer.

Mais que reste-t-il d’un cœur
Quand il bat au rythme imposé ?
Que reste-t-il d’un esprit
Quand il pense ce qu’il doit ?
L’humain se durcit,
Incapable de voir au-delà des bornes,
Et pourtant, au fond de lui,
Un murmure persiste,
Fragile mais obstiné :
"Et si ?"

Et si la norme n’était qu’un mirage ?
Et si ce moule qu’on m’a donné
Ne convenait pas à ma forme ?
Que faire, alors,
Quand tout m’appelle à me plier
Mais que je sens en moi
L’urgence de me déplier ?

Certains osent franchir la ligne,
Braver le jugement des foules.
Ils marchent hors des sentiers battus,
Rêvant de terres sans clôtures.
Mais leur courage a un prix,
Car chaque pas hors de la norme
Est un affront au conformisme.
Ils deviennent des cibles,
Des anomalies à corriger,
Des menaces à réduire au silence.

Car la société, immuable et fière,
Ne tolère pas les âmes libres.
Elle redoute ceux qui osent penser autrement,
Parce qu’ils lui tendent un miroir
Où elle pourrait voir ses propres failles,
Ses propres mensonges.

Mais c’est là que réside l’espoir :
Dans ces voix qui refusent de se taire,
Dans ces cœurs qui battent plus fort,
Et dans ces esprits qui rêvent de l’infini.
L’humanité, dans sa quête de normes,
A oublié qu’elle est née du chaos,
De l’imprévisible,
De l’unique.

Et si, au lieu de craindre ce qui déborde,
Nous célébrions l’inattendu ?
Et si, au lieu de bâtir des murs,
Nous ouvrions des fenêtres ?
La norme, alors, ne serait plus une prison,
Mais un point de départ.
Un cadre souple,
Un tremplin vers l’inconnu.

L’humain est bien plus
Que ses peurs et ses certitudes.
Au-delà des bornes,
Là où les règles se brisent,
Il retrouve ce qu’il a toujours été :
Un créateur de possibles,
Un rêveur d’étoiles,
Un être infiniment libre.

 

Thème :

L’uniformité imposée par les normes sociales, qui limitent la liberté humaine et effacent les individualités, mais aussi l’espoir d’une rébellion créatrice contre ces chaînes.