Dans le tribunal de son esprit,
L’humain se tient en juge, en bourreau, en victime.
De ses perceptions, il fait des lois,
Édictées sans appel, gravées dans son être.
Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il croit,
Devient la vérité qu’il impose,
Non seulement à lui-même,
Mais à ceux qui l’entourent.

Le monde, vaste et complexe,
Se réduit à ses certitudes.
Chaque geste, chaque mot,
Est scruté, évalué, condamné.
Car l’humain, dans son infinie fragilité,
Aime se croire maître du réel.
Il attribue des sens aux silences,
Des intentions aux regards,
Et forge des récits où il tient toujours
Le rôle du héros incompris.

Le justicier perceptif ne doute pas :
Il sait.
Il sait pourquoi un sourire s’est effacé,
Pourquoi une porte s’est refermée.
Il interprète, décode,
Construisant des murs de significations
Autour d’une réalité qu’il refuse de voir.

Mais que reste-t-il d’un lien
Quand il est noyé sous des jugements ?
Que devient l’amour
Quand il se heurte à la méfiance ?
Le justicier, dans sa quête de sens,
Fait parfois justice à tort.
Il condamne des âmes innocentes
Au nom de ses peurs,
Au nom de son besoin de contrôle.

Car dans ce monde d’échos et de reflets,
L’humain oublie souvent
Que sa perception est un prisme,
Un filtre imparfait,
Déformé par ses blessures,
Par ses espoirs déçus.
Ce qu’il croit voir
N’est pas toujours ce qui est,
Mais ce qu’il redoute ou désire.

Et pourtant, ce justicier obstiné
Peut aussi apprendre.
À écouter sans répondre,
À regarder sans juger,
À reconnaître que son savoir est incomplet.
Il peut déposer son épée,
Ouvrir ses mains
Et accueillir l’inconnu.

Car la justice véritable
Ne naît pas de certitudes,
Mais d’une humble quête de compréhension.
Elle ne cherche pas à punir,
Mais à guérir,
À relier les cœurs
Au-delà des malentendus.

Alors l’humain,
Ce justicier d’abord aveugle,
Devient un artisan de lumière.
Il n’impose plus sa vision,
Mais invite les autres
À partager la leur.
Et dans ce croisement de regards,
Il découvre enfin
La vérité fragile et belle
De l’autre,
Et peut-être,
Un peu de la sienne.

Thème :

Le jugement humain façonné par des perceptions subjectives, souvent erronées, et l’éveil vers une justice basée sur la compréhension, l’humilité et l’ouverture à l’autre.