Tu as choisi celui-là. Très bon choix

Ce miroir ne regarde pas ce que tu penses. Il regarde comment tu penses avec des mots qui te précèdent. Ceux que tu as trouvés déjà là. Qui sonnent bien. Qui semblent aller de soi.

J'ai pris quatre d'entre eux. Quatre grands mots. Ceux qu'on prononce sans trembler, qu'on invoque comme des preuves, qu'on oppose aux autres comme des boucliers.

Mais ce livre n'est pas fait pour répéter ça.

Alors j'ai fait autre chose. J'ai pris chaque mot, et je l'ai fait passer à travers neuf strates. Neuf manières de le regarder, du plus lointain au plus proche, du plus abstrait au plus vivant. Ce que le mot fait à l'être. Ce que le système en fait. Ce que l'économie en fait. Ce que ton corps en fait, avant même que tu aies pensé.

Ce n'est pas une définition. C'est une dissection qui ne tue pas. Elle montre que le même mot, selon où on le place, devient autre chose. Parfois protecteur. Parfois prison. Souvent les deux.

Tu vas choisir un mot. Tu vas le faire passer. Et tu verras.

Mais attention : ce n'est pas le mot qui va changer. C'est ta relation au mot. Et ça, ça ne se referme pas comme avant.