Je te regarde et je décide,
D’un simple coup d’œil, je te classe,
Ta peau, tes mots, ta différence,
Tout ce qui te rend toi,
Je le réduis à rien.

Je te juge sans un mot,
Mes yeux sont des juges, mes pensées des chaînes,
Ta place, je la dessine,
Loin de moi, derrière mes murs,
Car toi, tu n’es pas comme moi.

Je construis des frontières invisibles,
Des barrières que tu ne franchiras jamais,
Dans ma tête, tu es autre,
Tu es inférieur, étranger, indigne.
Et c’est là que je te garde,
Dans la prison de mon regard.

Je suis le fléau,
Je suis l’ombre qui te suit,
Je murmure à l'oreille de tous :
"Ne t'approche pas, ne lui fais pas confiance,
Il n'est pas comme toi, il est autre."

Je t'efface sans même y penser,
Ton nom, ton histoire,
Ne sont rien de plus que des échos,
Des sons que je n’écoute pas,
Car tu n’as pas d’importance pour moi.

Je suis le fléau qui stigmatise,
Celui qui te réduit à un cliché,
À une couleur, à un accent, à une foi.
Je m'abrite derrière mes certitudes,
Protégé par l'indifférence.

Mais au fond, je ne sais rien de toi.
Je ne connais ni ta douleur, ni ton histoire,
Car je suis aveugle,
Aveugle à ce que je refuse de voir,
Et c’est là ma plus grande faiblesse.

Je pense que je suis fort,
Que je suis au-dessus,
Mais mes murs m'emprisonnent aussi.
Je suis enfermé dans mes peurs,
Dans mon ignorance,
Et toi, malgré tout, tu restes libre.
Car c’est moi qui suis enchaîné.