Deux âmes se rencontrent dans l’espace du verbe,
Chacune armée de certitudes, chacune prête à se perdre.
Les mots s'enchaînent, se croisent sans jamais s'attraper,
Comme des vagues qui se brisent sans pouvoir se mélanger.
L'un raconte la mer, l'autre parle de montagnes,
Mais chaque parole flotte dans une bulle, sans racine, sans âme.

La scène est dressée, chacun est sur son piédestal,
Convaincu d’avoir raison, d’être porteur du Graal.
Ils avancent des arguments comme on brandit des épées,
Mais aucun ne se blesse, aucun n'est touché.
Le bouclier de l’égo, dressé entre eux,
Rend chaque échange vide, chaque impact creux.

Ils parlent haut, ils parlent fort, mais rien ne s'infiltre,
Chaque phrase rebondit, comme un écho dans un filtre.
Le ton monte, le souffle s’accélère,
Mais le cœur, lui, reste de pierre.

Chacun pris dans son prisme, dans ses vérités ancrées,
Se ferme aux nuances, aux idées à reconsidérer.
Leurs oreilles semblent ouvertes, mais le canal est brisé,
Car l’écoute véritable demande plus qu’un simple “j’ai parlé”.

Un mur invisible se dresse, épais et rigide,
Tissé de préjugés, de blessures insipides.
Ils se regardent, mais ne se voient pas,
Ils se parlent, mais ne s'entendent pas.

L’un s’exprime avec rage, l’autre avec douceur,
Mais leurs mots se heurtent, prisonniers de leur ferveur.
La douceur est un murmure que la rage n’entend pas,
Et la rage, une tempête qui aveugle celui qui la reçoit.

Les silences se multiplient, lourds de frustration,
Chaque pause est un gouffre de non-compréhension.
Ils font mine de réfléchir, mais en vérité,
Chacun prépare sa prochaine salve d’idées.

Leur dialogue est devenu une bataille sans fin,
Où la victoire n’est qu’un mirage lointain.
Ils ont oublié pourquoi ils parlent, pourquoi ils sont là,
La vérité s’est dissoute dans ce bruit sans éclat.

Ils tournent en rond, dans un cercle vicieux,
Cherchant à imposer, à prouver qu'ils sont mieux.
Leurs pensées s’étranglent dans ce duel sans fin,
Où l’écoute disparaît, comme du sable entre les mains.

Le temps passe, et avec lui s’éteint la lumière,
Chaque mot jeté dans l’air devient poussière.
Leurs lèvres bougent encore, mais leurs esprits sont loin,
Dans des contrées isolées, sans espoir pour demain.

Ce dialogue, il est mort avant d’avoir commencé,
Né dans l’illusion qu'on peut parler sans écouter.
Car la communication, c’est plus qu’un simple échange,
C’est une danse subtile, où l’autre devient l’ange.

Mais ici, l'ange est resté caché derrière les ombres,
Et les mots, eux, sont tombés comme des bombes.
Ils s’éloignent finalement, chacun dans son monde,
Laissant derrière eux un silence qui gronde.

Ils repartent avec leurs certitudes intactes,
Avec cette amertume que rien ne contracte.
Leurs cœurs fermés, comme des portes verrouillées,
Dans ce dialogue de sourds, où rien n’a résonné.