Je me plains, ma livraison est en retard de cinq minutes,
Je dénigre le livreur, avec mes paroles aigres et abruptes.
L’impatience me ronge, devant ma porte close,
Mais là-bas, ils prient pour vivre cinq minutes de plus, sans pause.

Un enfant affamé pourchasse une mouche dans la poussière,
Chaque battement d’ailes est un espoir éphémère.
Moi, je râle devant ma table garnie, un café à la main,
Pendant que leurs estomacs crient, vides, vers un lendemain incertain.

Je me nourris de plaisirs futiles, un écran, un appareil,
Là-bas, ils arrachent la terre pour un maigre salaire.
Ils creusent pour les minerais qui nourrissent ma modernité,
Pendant qu’eux, le dos brisé, sombrent dans l’obscurité.

Mon frigo est plein, mais je me plains de l’attente,
Pendant que leurs ventres se creusent, la faim les tourmente.
Ils boivent des eaux troubles, où la mort se cache,
Pendant que je gaspille l’eau claire, la laissant couler, relâche.

Mon canapé en cuir, souple, d’un luxe raffiné,
N’est que le fruit amer d’un monde enchaîné.
Là-bas, sous les coups et le soleil, ils tannent cette peau,
Tandis que je m'enroule dans un confort froid et faux.

Je roule en voiture, j’échange pour un modèle flambant neuf,
Parce que l’ancien m’ennuie, sa valeur s’étouffe.
Mais là-bas, ils saignent pour extraire ce métal,
Qui alimente ma route, ma vie de cristal.

Le luxe qui m’entoure est un mirage doré,
Construisant des murs entre l’abondance et l’oublié.
Je vis dans un palais de verre, indifférent à leurs cris,
Mais la fragilité de ce confort m'aveugle, à demi.

L’or qui brille sur mes poignets,
Ne vaut pas la poussière qui couvre leurs pieds.
Mes vacances au soleil, sous les tropiques en fête,
Sont bâties sur des terres que la sécheresse arrête.

Je m’habille de soie, de vêtements raffinés,
Sans penser aux mains épuisées qui les ont façonnés.
Dans des ateliers étouffants, où le jour ne finit jamais,
Ils s’usent pour ma mode, pour mon monde parfait.

Leurs terres sont pillées pour extraire mon confort,
Leurs veines sont vidées pour remplir mon trésor.
Le pétrole qui nourrit mes voyages en avion,
Est arraché à leurs racines, laissant leurs vies en suspension.

Je m’ennuie parfois, entouré de ce luxe sans fin,
Mais eux, ils meurent en silence, sans espoir au matin.
Leurs ressources nourrissent mes envies, mes caprices,
Pendant qu’eux se vident, perdus dans un abîme propice.

Tout ce luxe arrive à terme, car la Terre est en friche,
Elle se vide de ses richesses, sans fin, sans répit.
Mon bonheur matériel est une illusion qui s’éteint,
Car la Terre, comme leurs ventres, devient un désert, sans fin.

Les mines s’effondrent, les champs se meurent,
Pendant que je trinque à la vie, ignorant leur labeur.
Mes meubles en bois précieux sont les cendres de leurs forêts,
Et sous mon toit, leurs cris s’élèvent, discrets.

Le pétrole qui coule dans mes moteurs étincelants,
Est le sang de la Terre, qui s’épuise lentement.
Et dans ce vide qui avance, je continue de consommer,
Sans voir que le gouffre se creuse, sous mes pieds.

Le luxe n’est qu’une flamme qui brûle tout sur son passage,
Et un jour viendra où ce feu n’aura plus de paysage.
La Terre, épuisée, sera aussi vide que les ventres affamés,
De ceux qui m’ont donné leur sang, leurs terres pillées.

Mais qu’en restera-t-il, lorsque tout s’éteindra ?
Lorsque les richesses seront cendres, et que tout s'en ira ?
Mes plaisirs éphémères s’évaporeront dans le vent,
Car la Terre, comme leurs âmes, criera sous le firmament.

Je ferme les yeux, le monde s’effondre en silence,
Je me réfugie dans le confort, feignant l’ignorance.
Mais chaque mur de béton, chaque pierre dorée,
Ne fait que cacher l’abîme où leurs vies sont brisées.

Je vis dans un palais de verre, fragile et beau,
Ignorant que le sol sous mes pieds est creux, et bientôt trop étroit.
Car le luxe qui m’entoure s'effrite, il n’a plus de racine,
Et la Terre, dans sa fin, me rendra ce que j’ai volé, divine.

Mais un jour viendra où tout s'effondrera,
Quand la Terre, épuisée, s'éteindra sous nos pas.
Et dans ce silence, là où tout devient vide,
Je comprendrai que mon luxe n'était qu'un suicide.

Leur souffrance est mon luxe, leur agonie, ma richesse,
Mais un jour viendra où tout sera vide, de détresse.
La Terre, épuisée, s’éteindra sous nos pas,
Et je me retrouverai face à ce vide que j’ai créé, sans émoi.