Je suis l’eau qui coule, l’âme du monde cachée,
Un souffle souterrain, une rivière oubliée.
Des nappes profondes aux lacs sans fin,
Je serpente, invisible, sous vos terres et vos chemins.
Dans le silence des sols, je veille et nourris,
Une source de vie, inépuisable, inouïe.
Mais sous vos mains avides, je me vide en secret,
Mes veines s’épuisent, mes rivières en retrait.
Barrages élevés, frontières de béton dressées,
Des murs qui entravent, retiennent, et blessent mes marées.
Les nations en amont, guidées par la main des hommes,
Imposent leurs lois, mais en aval, d’autres se meurent, se rompent.
Chaque bloc de ciment, chaque mur infranchissable,
Fait de l’eau un bien rare, un rêve intouchable.
Les rivières asséchées, les terres désertifiées,
Portent le fardeau de vos décisions figées.
Et sous la surface, les nappes se tarissent,
L’eau en profondeur devient un murmure de l’abysse.
Pompage effréné, pour des champs et des villes,
Chaque goutte volée fait disparaître les îles.
Je suis l’eau qui unie, sans murs, sans frontières,
Mais vos décisions me divisent, m’emprisonnent, m’enserrent.
Un cycle brisé, des vies en suspension,
Un monde à sec, sous votre indifférence de béton.
Entendez-vous mes murmures, mes pleurs étouffés ?
Quand les nappes se vident, que restera-t-il à puiser ?
Que restera-t-il de mes rivières, mes océans d’émeraude,
Quand vos murs auront dessiné mon ode ?
Écoutez mes veines, respectez mon élan,
Ne faites pas de moi un souvenir brûlant.
Laissez-moi couler, pour les terres, pour les âmes,
Car sans moi, tout s’assèche, tout se fane.