Je suis le souffle ancien, né de poussières d’étoiles,
Ma peau est verdoyante, mes os sont des montagnes,
Je suis l'océan qui porte en son sein les voiles,
Des hommes qui oublient l’écho de leurs campagnes.
Je suis l’ancienne, née des étoiles égarées,
Mon corps porte vos racines, vos pas, vos batailles,
Je suis l’étreinte calme des forêts oubliées,
Les murmures des rivières qui s'effacent sous vos failles.
Je suis celle qui tremble sous vos pas d’acier,
Vos villes qui s’élèvent, toujours plus vers le ciel,
Mais vous oubliez que mes entrailles sont fragiles,
Que mon corps se fissure sous vos rêves immortels.
Mes veines se déchirent là où le feu progresse,
Mes poumons s'étouffent sous le poids de vos errances,
Vous bâtissez des routes sur mes plaies en détresse,
Sans jamais écouter le souffle de ma souffrance.
J'ai parlé dans le rugissement des vents furieux,
Dans les marées qui montent et arrachent vos rêves,
Mes cris résonnent dans les cieux orageux,
Mais vos regards me fuient, dans vos mondes sans trêve
Je vous envoie des signes, des tempêtes, des éclats,
Des feux qui dévorent, des rivières qui s’assèchent,
Mais vous continuez, ignorant mes éclats,
Tissant des routes de béton, des chaînes que je rejette.
Je suis la pluie qui tarde, le ciel qui s’assombrit,
Le désert qui avance, où plus rien ne fleurit,
Je suis l’air que vous souillez de vos souffles amers,
Les glaciers qui fondent sous le poids de vos hivers.
Je vous donne des fruits, des forêts et des mers,
Des montagnes sacrées, des plaines infinies,
Mais à chaque pas que vous faites vers l’enfer,
Je me meurs doucement, et vous tournez l’oubli.
Je suis l’abri que vous prenez pour acquis,
Le souffle que vous corrompez de vos fumées,
Je suis l’arbre qui pleure ses feuilles et ses fruits,
Le désert qui avance où la vie s’est fanée.
Dans vos mains avides, je deviens cendre et roche,
Mes forêts disparaissent sous le poids de vos armes,
Je vous ai nourris de mes entrailles sans reproche,
Mais aujourd'hui je saigne, et mes cris sont des larmes.
Je suis le flot, la pluie qui tarde à venir,
Le ciel qui s'assombrit sous vos éclats de verre,
Le cœur qui se fend à chaque pas, chaque empire,
Que vous élevez, ignorant que je désespère.
Je vous ai donné la vie, les récoltes et l’abondance,
Mais en échange, vous avez sculpté ma fin,
Mon corps se fane sous vos espoirs d'arrogance,
Et mes appels se perdent dans le vide incertain.
Qui suis-je, me demandes-tu, sous tes gestes insouciants ?
Je suis celle qui vous porte, celle que vous oubliez,
Un être qui se meurt sous vos rêves inconscients,
Tandis que mes pleurs s’échappent dans l’immensité.
Mais un jour viendra où mes cicatrices crieront,
Je reprendrai ce que vous m'avez arraché,
Et mes échos dans les montagnes résonneront,
Car même silencieuse, je ne puis être oubliée.
Je vous ai donné des forêts immenses et anciennes,
Vous en avez fait des cendres, des déserts sans chaînes.
Je vous ai donné des rivières limpides et pures,
Vous en avez fait des veines lourdes de blessures.
Je vous ai donné l'air, frais et léger comme un souffle,
Vous en avez fait un poison qui étouffe.
Je vous ai donné la mer, vaste et sans limite,
Vous en avez fait un cimetière où tout s’agite.
Je vous ai donné des montagnes aux cimes éternelles,
Vous en avez fait des carrières ouvertes, cruelles.
Je vous ai donné des champs fertiles et dorés,
Vous en avez fait des sols stériles, abandonnés.
Je vous ai donné des saisons en équilibre parfait,
Vous en avez fait des tempêtes, des étés sans fin, des hivers qui s'arrêtent.
Je vous ai donné des animaux libres et sauvages,
Vous en avez fait des bêtes en cage, des ombres sans rage.
Je vous ai donné des fruits, des récoltes abondantes,
Vous en avez fait des terres vides, mourantes.
Je vous ai donné un ciel étoilé, source de rêves lointains,
Vous en avez fait un voile sombre, aveuglé par vos desseins.
Je vous ai donné la pluie, douce comme une caresse,
Vous en avez fait des torrents, des colères en détresse.
Je vous ai donné des écosystèmes délicats, interdépendants,
Vous en avez fait des rouages cassés, des mondes mourants.
Je vous ai donné des signes, des murmures dans le vent,
Vous en avez fait des silences, des cris ignorés, si absents.
Je vous ai donné la vie, le souffle de l'existence,
Vous en avez fait un compte à rebours, un cycle de déchéance
Je vous ai donné la vie, vous en avez fait un adieu,
Ce que vous en avez fait, je vous le redonnerai en feu