Neuf gardiens se dressaient, silencieux et fiers,
Des bornes invisibles dans l’espace, l’eau et l’air.
Ils murmuraient aux hommes, dans chaque souffle, chaque flamme,
Que la nature, un jour, déverserait sa trame.
La première, le Climat, brûlant et grondant :
"Je suis la chaleur qui monte, l’orage qui attend !
Sous vos pieds, je m’alourdis, je me charge de feu.
Les glaciers fuient en torrents, engloutissant les lieux.
Je suis l’étreinte de l’été, celle qui suffoque,
Un brasier grandissant sous vos esprits en bloc."
La deuxième, la Vie, mourante et silencieuse :
"Je suis la multitude, les chants, les créatures précieuses.
Chaque espèce que vous laissez mourir laisse un écho,
Un gouffre insondable qui dévore et renie vos mots.
Les forêts se taisent, les rivières sont sourdes,
Et dans mon souffle, un désert qui vous entoure."
La troisième, l’Eau, fragile et épuisée :
"Je suis la source tarie, la veine qui s’effrite,
Dans vos mains avides, je deviens fuite.
Mes rivières enchaînées, mes lacs qui se vident,
Je suis l’ombre d’un monde que vous laissez aride.
Un désert de poussière là où j’étais abondante,
Un soupir saccagé par vos mains exigeantes."
La quatrième, l’Air, étouffant et dense :
"Je suis la brume lourde, le souffle en suspens,
Je suis l’air que vous chargez d’un voile dément.
Les aérosols me brûlent, vos usines m’empoisonnent,
Vos villes me dévorent, et mes poumons s’ordonnent.
Sous les cieux gris, je suis le vent qui chancelle,
Chaque souffle s’épuise, chaque haleine s’annule, rebelle."
La cinquième, l’Océan, acide et tourmenté :
"Je suis la mer qui meurt, la vague empoisonnée,
Le sel lourd et âcre, le cri qui s’efface dans l’obscurité.
Les coraux se fanent, mes enfants s’enfuient,
Mon cœur s’acidifie, et mes abysses crient.
Écoutez mon murmure, mon souffle qui se perd,
Un océan d’agonie sous vos rêves de fer."
La sixième, la Terre, épuisée et fracturée :
"Je suis le sol que vous épuisez sans fin,
Sous mes racines, un royaume dévoré par vos mains.
Vous m’avez labourée, saccagée, écrasée,
Je suis la terre brûlée, la vie dépossédée.
Mes arbres pleurent, mes racines se déchirent,
Et je crie dans l’ombre de votre empire."
La septième, les Éléments, dénaturés et déchaînés :
"Je suis le cycle rompu, le chaos des éléments,
L’azote et le phosphore, perdus sous vos emportements.
Engrais épars, toxines dispersées,
Je rends stériles vos champs, mes veines corrodées.
Je suis l’équilibre que vous avez rompu,
Un monde stérile où la vie ne pousse plus."
La huitième, l’Ozone, blessée mais résistante :
"Je suis la fine barrière, la couche protectrice,
Écorchée, abîmée, sous vos folies précipices.
Mais je me bats, je résiste, je m’étire et me cache,
Pour préserver vos peaux du feu qui vous assèche.
Je suis la dernière ligne qui vous protège encore,
Mais je faiblis, et le ciel brûle plus fort."
La neuvième, la Pollution, invasive et omniprésente :
"Je suis le plastique, le métal, les déchets dans vos mains,
Invisible poison qui s’infiltre dans vos reins.
Les mers sont souillées, les airs empoisonnés,
Et vous flânez, inconscients de l’invasion ancrée.
Je suis le spectre, le déchet qui vous ronge,
Un poison lent, une ombre qui plonge."
Sept gardiens sont tombés, et le temps s’efface,
La Terre crie en silence sous nos coups et nos traces.
Si nous n’apprenons pas à respecter leurs cris,
Ce sont eux qui parleront… et l’humanité s’endormira dans l’oubli.