Je suis l’écho d’un colis en retard,
Furieux et bruyant, une plainte sans égard,
Car mon confort souffre d’un jour de délai,
Pendant que la Terre s’écroule sans arrêt.
Je dis aimer mon partenaire pour qui il est,
Mais c’est le confort matériel qui m’apaise en secret.
Je cherche la chaleur, le luxe et l’argent,
Plus que le regard tendre qui se veut aimant.
Je demande "ça va ?" d’un air poli,
Mais je me fige, choqué par un vrai cri.
Je préfère le silence aux peines confessées,
Le "Ça va" rapide aux vies blessées.
Je dis défendre des valeurs humaines sacrées,
Mais chaque soir, c’est dans l’écran que je vais me cacher.
Oubliant les livres, les idées, l’échange,
La facilité devient mon doux mélange.
Je cherche la vérité, réclame la lumière,
Mais quand on me montre la vie sans fard, je suis amer.
Je préfère les mensonges bien enveloppés,
Plutôt que les vérités crues qui viennent me heurter.
Je rêve d’un monde où règne la justice,
Mais je râle pour trier mes déchets, quel supplice !
Je prône l’écologie, un discours bien tourné,
Mais en pratique, je préfère tout jeter.
J’adore les animaux, je clame haut et fort,
Mais je consomme sans penser, sans même un remord.
Chaque morceau de viande, chaque produit dans l’assiette,
Pèse lourd sur la Terre, bien plus que mes miettes.
Je suis paix et amour, prêche la sérénité,
Mais la moindre dispute me fait bondir, excité.
J’ai la paix sur les lèvres, le conflit en esprit,
Comme un papillon qui cherche sa flamme la nuit.
Je dis "Je suis béni" dans un message affiché,
Mais l’envie me ronge, insatiable, jamais rassasié.
Chaque lumière d’ailleurs brille plus fort,
Et dans ma gratitude, un manque me mord.
Je clame l’authenticité, l’amour de soi,
Mais chaque photo est lissée, sculptée, sans moi.
Les filtres masquent le vrai, façonnent mon reflet,
Et dans cette perfection, le vrai moi disparaît.
Je réclame du respect pour mes choix de vie,
Mais je juge les autres sans honte ni merci.
Ceux qui osent s’affranchir du cadre bien dressé,
Je les critique, les ronge, les veux effacés.
Je demande à être écouté, juste pour une fois,
Mais je décroche vite quand l'autre parle tout bas.
Je veux qu'on m'entende, qu'on comprenne ma douleur,
Mais je suis incapable de donner ce même bonheur.
Je parle de liberté, de briser les carcans,
Mais je reste enchaîné, l’esprit lourd et pesant.
J’aspire à la marge, à la folie, à l’étrange,
Mais au fond, c’est le moule que mon esprit arrange.
Je fais des gestes charitables, clame la bonté,
Mais c’est la reconnaissance qui me pousse à agir, en vérité.
Ma main tendue pour les regards admiratifs,
Plus que pour des âmes brisées, plaintives.
Je cours après les tendances, la nouveauté éclatante,
Mais mes proches et mes rêves essentiels restent distants.
L’obsession pour le neuf, la peur de manquer,
Et l’essence de la vie, quelque part oubliée.
Je critique le manque d’empathie dans les discours,
Mais pour les causes collectives, je n’ai pas d’amour.
Je préfère observer, assis dans mon confort,
Plutôt que d’agir, de m’engager dehors.
Je dis rêver de temps, de liberté, de paix,
Mais dès qu’il est là, je m’en détourne, distrait.
Je cherche dans le futile, gaspillant sans répit,
Le temps que je pleurais, que je voulais acquis.
Je parle de développement, d’explorer mon cœur,
Mais face à mes défauts, je préfère la torpeur.
La quête de soi se fige dès que ça pique,
Dès qu’il faut regarder dans les miroirs antiques.
Je m’indigne des injustices, je m’enflamme pour l’équité,
Mais dès qu’on parle privilèges, je veux m’éclipser.
L’injustice m’anime, mais je crains les débats,
Qui mettent en lumière ce que je veux garder bas.
Je cherche l’indépendance, financière et pure,
Mais l’opinion des autres est mon armure.
Je me dis libre, détaché de leurs vues,
Mais en vérité, c’est leur regard qui me tue.
Je dis que le passé était un âge d’or,
Mais je refuse les imperfections d’alors.
Chaque défaut du présent me fait soupirer,
Cherchant un idéal que rien ne peut combler.
Je rêve d’aventures, de mondes inconnus,
Mais au moment d’y aller, mon confort me retient nu.
La peur du risque me lie à ce quotidien,
Où l’aventure reste un rêve, jamais plus qu’un chemin.
Je dis que je veux des relations humaines, vraies, profondes,
Mais je m’immerge dans des écrans, m’éloignant du monde.
Je scrolle et partage des moments superficiels,
Cherchant la connexion dans un espace virtuel.
Je suis l’être aux signes d’or et d’oubli,
Aveuglé par le monde que je veux ici.
Je construis mon trône de luxe et d’ivoire,
En ignorant les pleurs des mondes sans espoir.
Mais ces reflets d’or, ces éclats sans mémoire,
Ne cachent pas la fin qui approche dans le noir.
Pour chaque caprice, un fragment s’effondre,
Sous le poids de mes désirs, le monde sombre et se rompt.
Alors, lève les yeux et regarde autour de toi,
Ce que tu exiges, ce que tu prends pour droit.
La Terre, elle t’observe, et elle se souvient,
De chaque oubli, chaque caprice, chaque bien.
Le jour viendra où l’or deviendra poussière,
Où ta colère, tes désirs seront précaires.
Et ce jour-là, tu comprendras, dans l’obscurité,
Que la Terre se venge d’avoir été oubliée.