Dans les rues silencieuses où le temps s’éteint,
Les regards se détournent, mépris en écrin.
L'ombre des visages oubliés s'efface,
Sous le poids des jugements qui n'ont jamais de place.
Les poches vides, mais le cœur encore plein,
Ils marchent dans l’indifférence, loin des lendemains.
Un monde les classe, les enferme dans des cages,
Mais qui ose les voir sans ce filtre de rage ?
La pauvreté est une faute, un crime sans pardon,
On la fuit, on la juge, sans jamais de compassion.
La richesse est une armure qui protège l’égo,
Et les classes s’éloignent dans un cruel tango.
Ceux d’en bas, sous les ponts ou dans les ruelles,
Portent des rêves brisés, comme des ailes nouvelles.
Mais les regards les percent, comme des lames acérées,
Ils sont moins que des hommes, à peine tolérés.
Les rues sont des mondes qu'on préfère ignorer,
Car les âmes en souffrance ne font que rappeler,
Que la vie peut s’inverser, en un battement d’aile,
Que la pauvreté n’est qu’une vérité parallèle.
Philosophes sans diplôme, poètes sans or,
Ils trouvent leur richesse là où d’autres s’endorment encore.
Leur savoir est caché dans les plis des pavés,
Dans les coins sombres où le soleil n’a jamais brillé.
Et nous, passants pressés, dans nos habits dorés,
Oublions que la vie n’a pas de rangées.
Que le bonheur se cache dans les mains que l’on tend,
Et non dans les pièces que l’on compte en argent.
L’intolérance est douce, elle ne crie jamais,
Elle se glisse dans les mots qu’on n’ose jamais.
Elle se glisse dans les sourires, dans les faux politesses,
Elle est là, invisible, dans chaque faiblesse.
L’argent n’achète que du vent, des illusions éphémères,
Mais il érige des murs dans l’air.
Des barrières qui nous séparent de ceux qui vivent,
Dans un monde où survivre est déjà une dérive.
Les jugements tombent sans appel, sans pardon,
Et les pauvres sont coupables, de leur seule condition.
Mais qui sommes-nous pour juger une vie ?
Lorsque la chance est souvent celle qu’on n’a pas choisie ?
Ils marchent, invisibles, dans nos villes étouffées,
Où l’argent parle plus fort que la dignité.
Mais un jour viendra où les murs tomberont,
Quand l’homme verra l’homme sans ses illusions.
Alors, on comprendra que la richesse est autre,
Qu’elle se trouve dans l’âme, dans ce qui est nôtre.
Pas dans les comptes en banque ni dans les biens acquis,
Mais dans l'amour qu'on donne, dans chaque main tendue sans bruit.
Les pauvres sont les témoins de nos contradictions,
Ils vivent l'envers du rêve, l'autre condition.
Et si l’on regardait avec un peu plus de cœur,
On verrait que leur existence contient bien des couleurs.
Mais nous fuyons, apeurés par ce miroir,
Car leur réalité nous effraie, nous fait entrevoir,
Que nos vies sont fragiles, que tout peut s’effondrer,
Que la fortune d’un jour peut se retourner.
L’intolérance face à la pauvreté n’est qu’un voile,
Un masque que l’on porte pour ne pas voir l’étoile.
Car ceux que l’on méprise, ceux que l’on ignore,
Sont souvent des sages, des prophètes du dehors.
Ils portent en eux une vérité que l’on ne veut pas voir,
Que la richesse intérieure est la seule à recevoir.
Et que dans ce monde aveuglé par l’apparence,
C’est dans les cœurs simples que se trouve la vraie chance.