J’avance masqué sous des mots dorés,
Offrant des reflets, des lueurs, des promesses,
Mais sous ce vernis lisse et bien pensé,
Je cache la rouille, la rouille qui progresse.

Je suis le marchand de lendemains qui chantent,
Mes mélodies sucrées endorment la tempête,
Je t’offre des horizons où rien ne manque,
Mais c’est ta liberté que je sème en défaite.

Je prône mon nom, prouvant mon règne,
Invisible, je me cache dans l’ordinaire,
Je danse dans l’ombre de tes certitudes,
Mon royaume s’étend sous tes habitudes.

Je suis l’ego, en quête de plus, de mieux,
Aveuglé par des titres, par la gloire fabriquée,
Je piétine les faibles, je m’élève, orgueilleux,
Sur des cadavres de rêves, des âmes sacrifiées.

Je suis l’écho de ces cris étouffés,
Là où l’or brille sur des sols saccagés,
Je règne en silence, sans bruit ni effroi,
Et les chaînes invisibles, je les façonne pour toi.

Je suis le confort de ceux qui ferment les yeux,
Qui consomment le monde sans jamais le voir,
Je suis l’écran lumineux des rêves désastreux,
Et je vends l’avenir en morceaux dérisoires.

Je suis l’ordre, la loi, le murmure du vent,
Qui promet des merveilles au plus petit des grands,
Mais je tisse des toiles sous les lumières vives,
Là où les âmes s’épuisent, sans jamais être libres.

Je tisse des fils invisibles autour de l’âme,
Emprisonnant le cœur dans des chaînes dorées,
Les esprits sont des chiffres, et l’homme, une flamme,
Que j’éteins doucement dans l’immense marché.

Je suis l’écho des forêts que l’on fait taire,
Les cris étouffés des océans asphyxiés,
Je donne, je prends, je m’élève dans l’air,
Et dans ma quête sans fin, je dévore l’humanité.

Je bâtis des empires sur des dos courbés,
Sur des vies consumées dans des tâches oubliées,
Des pierres levées pour des palais d’illusion,
Pendant que l’éclat masque leur propre érosion.

Les terres assoiffées et les enfants sans voix,
Je suis celui qui détourne le regard de toi,
Pour que tu ne voies que les reflets scintillants,
Pendant que des hommes s’effacent dans le néant.

Alors, dis-moi, si tu oses me regarder,
Qui suis-je, sinon ce que tu as laissé être ?
Une ombre, une illusion, une vérité masquée,
Qui lentement consume la vie sans jamais se montrer.

Qui suis-je, au creux de ton esprit brûlant ?
Je suis la fuite, l’illusion, le temps qui te presse,
Celui qui te vole sans que tu sentes le vent,
Un mystère que ta conscience caresse.

Qui suis-je, dis-tu, dans ton esprit perdu ?
Je suis ce silence que tu as tant voulu,
Celui qui te laisse face au vide béant,
Un spectre sans nom, et pourtant omniprésent.

Qui suis-je, dis-tu, dans ce monde sans fin ?
Je suis celui qui te promet demain,
Un rêve poli, taillé dans l’acier du temps,
Pendant que la Terre s’efface, sous l’impulsion de vos rêves inconscients